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vendredi 8 janvier 2010

Art de vivre et corruption

On dit toujours que Madagascar est gangrené par la corruption, mais nous en sommes tous les acteurs. Il n'y a pas un secteur qui ne soit pas touché en passant du petit pourboire jusqu'au meurtrier. En fait, quelle que soit la situation, on s'attend toujours à payer. Tiens prenez le commerce... un client vous demande une surfacturation pour entuber son boss, c'est de la corruption du bon commerce ! Le contraire est également possible, où cet abruti négocie pendant des heures, mais qu'on doit garder le même prix sur la facture.



Les organisations et les entreprises en sont les championnes, les responsables des achats sont parfois plus riches que les patrons !! C'est vous dire ! Voilà comment cela se passe : l'organisation a besoin d'une chose, ex : des poupées muettes ou des stylos qui ne marchent pas. Il contacte le responsable d'achat qui contacte le commercial pour lister les fournisseurs. La dépense est parfaitement encadrée, ainsi on lui donne 1800 ariary pour 3 fournisseurs à visiter (600 ariary de taxi-be, aller et retour), 500 à 1000 ariary pour la bouffe de midi (il peut négocier jusqu'à 2000 ariary s'il veut manger du poulet contaminé par les miliards de microbes dans les gargottes).

Le commercial s'amène chez le fournisseur avec des mines de conspirateurs, et veut discuter directement avec le patron. Ce dernier sentant l'affaire lui propose les plus belles poupées muettes. Le commercial fait miroiter le contrat et se barre chez un autre fournisseur... Là encore même manège, ensuite pendant qu'il mange un caca pigeon et du jus naturel (200 ariary), il se demande chez quel fournisseur il va obtenir la plus grosse remise. Il vérifie les tarifs comme le tireur de pousse pousse calculant le PMU, et un grand sourire s'affiche sur sa tronche.

Il retourne chez le fournisseur, cette fois avec des airs nonchalants, et dit qu'il est prêt à conclure si la remise est intéressante. Le fournisseur prend des airs scandalisés et sort ses propres factures pour pleurer :" Efa masoan'ny karena io !!". Enfin après des heures de duels, on se met d'accord, le prix réel est -20%, mais celui sur la facture est +40% !

Sur le chemin de retour, le commercial prend un petit "consom" (300 ariary) pour affronter ce salopard des responsables d'achat. Il lui explique qu'il a trouvé le meilleur fournisseur... voyant le prix, le responsable manque de s'évanouir, et dit si ces poupées sont or massif ! Le commercial scande qu'il a passé toute la journé à faire le tour de la ville, et c'est comme ca qu'on le remercie. Après des palabres et autres procédures indispensables à la corruption, le responsable d'achat accepte en échange d'une petite commission...

Selon les cas, le paiement se fait directement chez le fournisseur, ou dans l'enteprise avec l'accord de la compta bien entendu. Mais ca tout le monde le pratique, mais je vous propose une variante beaaaaauccoup plus lucrative.



Vous êtes le responsable d'achat, et vous voulez un HTC Hero, et évidemment vous n'avez pas de blé. Pianotant d'un air rêveur devant votre ordi 486 avec 32 de RAM, une ampoule s'allume dans votre tête. Vous allez chez le patron et lui dites qu'il n'y a plus aucun stylo qui marche, et qu'il faut renouveler le stock. Le patron frole la crise cardiaque, et téléphone directement au magasinier : " Quoi vous n'avez plus de stylo ? Mais vous les bouffez ou quoi ?" Ce patron débile n'a pas compris que vous êtes passés dire un mot au magasinier avant d'aller chez le patron...

Le patron croise ses mains comme Bouddha, et vous demande :" On peut pas tenir jusqu'à la fin de semaine avec les crayons qui ne marchent pas ?" Votre front se ride, vos joues s'affaissent, et vous dites : "Impossible, la boite est bloquée actuellement, on a absolument besoin de stylos !!"

Ensuite, c'est l'étape la plus délicate, vous téléphonez directement au fournisseur, et vous lui expliquez qu'on va faire des achats bidons de stylos qui ne marchent pas, et qu'il faut des factures conformes. Le fournisseur refuse catégoriquement jusqu'à ce que vous lui disiez son pourcentage. Un grand silence dans le combiné, et puis juste :" Envoyez votre commercial"...

Comme d'habitude, vous laissez faire ce pauvre abruti de commercial faire le sale boulot ! Après la conclusion, vous ne demandez aucune commission, et le commercial vous prend pour un dieu. Maintenant, vous avez plusieurs cartons de stylos qui ne marchent pas alors que vous savez pertinnement que l'ancien stock est encore intact. Prétextant une migraine épouvantable, ou que votre fils est tombé dans un bouche d'égout à Behoririka, vous prenez congé et filez chez le fournisseur avec les stylos bien entendu. (Les 404 bachés, c'est très utile pour ca). Vous rendez les stylos, et récupérez l'argent de votre propre entreprise sans oublier la commission du patron. Ensuite, vous attendez discrètement le magasinier providentielle, et vous lui donnez son enveloppe. Timing parfait, corruption parfaite, portefeuille rempli !! En rentrant à la maison, vous faites un détour par CITIC ou Supreme Center, et rêvez déjà aux options de ce HTC Hero !!



Ce pays est vraiment un paradis n'est-ce pas ??

mercredi 16 décembre 2009

Bois de rose, beaucoup plus qu'un simple trafic

Je vous invite à lire l'excellent article de Mongabay qui revient sur le trafic de bois de rose (En anglais) à travers une synthése des différents rapports. On peut voir que c'est vraiment un problème global, due notamment à l'incapacité de contrôle de cette région par le gouvernement.

Les principaux pointés du doigts sont les chinois qui possède un circuit organisé de collecte et de blanchissement. Le rapport de Global Witness accusait déjà les banques et d'autres organismes financiers d'alimenter une partie de ce trafic. De plus, selon l'article, une banque doit surveiller les flux d'argent pour éviter que les bénéfices ne repartent en masse vers l'étranger, et c'est son devoir d'en avertir les autorités. Oui, mais c'est pas en dénonçant qu'on va faire des bénéfices monstrueux hein ? Faudrait pas déconner quand même ! Un autre problème est l'enclavement de ces régions qui rend difficile toutes les enquêtes, et de savoir ce qui se passe.

Enfin, des personnes haut placés sont impliqués "profondément" que ce soit à l'époque de Ravalomanana ou du gouvernement actuel. La routine quoi !

lundi 14 décembre 2009

#Madagascar et l'Inde unis dans l'Uranium et compromet l'AGOA

Dans les années 2000, Madagascar a bénéficié de l'AGOA, un partenariat dans le textile à l'exportation, et de nombreux investisseurs ont crée des entreprises générant des milliers d'emploi. La crise et les critères d'éligibilité risquent de compromettre cette union si un accord n'est pas trouvé avant le 15 décembre. Ainsi, le ministre Mauritanien a déclaré qu'il est trés préoccupé de la situation lors de son voyage à Maurice. Il faut savoir que les zones franches comportent également des entreprises mauritanienne, et on connait la présence des mauriciens dans le secteur. Les personnalité de l'un et de l'autre pays déclarent que l'AGOA doit être maintenu à tous prix sous peine d'effondrer des pans entiers de l'économie. De plus, il y a un risque de réaction de chaîne, car si l'AGOA tombe, les sanctions européennes ne vont pas tarder à suivre.

Le choix de la HAT va être déterminant dans les jours à venir, et démontrera sa réaction positive ou sa médiocrité complète, car ils peuvent sauver l'AGOA avec quelques gestes, il suffit qu'ils pensent quelques minutes aux citoyens concernés, et non à leur propres intêrets. Toutefois, cela me parait encore difficile, vu la réaction de gaminerie évidente face à une simple lettre qui n'aurait aucune chance d'aboutir.    Voyez-vous les gens ont besoin d'espoir dans ces périodes de fêtes, et une telle déception risquerait d'être catastrophique.



Enfin, messieurs de la HAT, n'oubliez jamais que c'est la puissance des zones franches qui ont propulsé Marc Ravalomanana quand il a contesté les élections en 2002, c'est leur nombre et agressivité qui a fait toute la différence, car la majorité silencieuse était...silencieuse. Est-ce que vous voulez revoir des milliers de gens avec des casseroles et des marmites ? Vous conviendrez que ce n'est pas du tout adapté à une messe de Noël.

Cependant, Andry Rajoelina peut nous rejouer le coup du sauveur avec quelques concessions qui peuvent sauver l'AGOA, et dire au peuple entier qu'il a résolu le problème. Il nous l'a déjà fait à Maputo avant l'ultimatum de l'Union Européenne. Aussi Wait and See !!

Maintenant parlons de l'Inde qui est resté silencieuse pendant cette crise, mais qui fructifie ses intérêts. On vient d'apprendre que la société Varun vient d'obtenir une concession pour exploiter l'uranium à Madagascar. Cette concession mesure environ 13 200 mètres carrés, et se trouve du coté de Sainte-Marie. Selon les études, la superficie pourrait contenir 1 700 000 tonnes d'uranium, et 4 350 000 tonnes de thorium. Pour ceux qui ne sont pas des ingénieurs nucléaires comme moi, le thorium est considéré comme un substitut au plutonium dans la fusion atomique. On annonce également que le sol pourrait contenir des veines d'or. Varun a fait un gros coup, et je parie que la HAT n'a pas du regarder sur les prix et les conditions de cette concession, car on a besoin de fric pas vrai ?

Selon les déclarations de l'entreprise, ce projet va créer des milliers d'emplois et des initiatives pour l'entreprise. Je suis d'accord, mais pour qui ? Quel est le bénéfice de Madagascar dans cette histoire, il faudrait pas que la majorité de l'argent aille en Inde, ou dans les poches de quelques politiciens pas très regardant sur l'environnement. On m'a également dit qu'une sources d'uranium se trouvait à proximité d'Andasibe, une réserve nationale de la biodiversité, est-ce qu'on va la raser sous prétexte que la protection de l'homme passe avant celui de la nature.

Je pense que cela aura les mêmes impacts que l'exploitation minière d'Ilménite à Fort-dauphin. Les politiciens vont devenir des oies gavées aux devises, et les malgaches deviendront de plus en plus rachitiques, mais ne soyons pas trop pessimistes, et attendons de voir ce qui va se passer.

Maintenant, vous voulez connaitre une bonne blague ? Vous allez adorer !! Le PDG de l'entreprise Varun, Kiran Mehta, a été nommé Consul honoraire de Madagascar en Inde !! C'est pas beau ça !! Selon les déclarations, il sera chargé " d'améliorer " les relation de commerce, d'économie et de science entre Madagascar et l'Inde. En résumé, il veut contrôler tout le processus d'économie pour éviter qu'on vienne fouiner dans ses affaires ! Ainsi, il suffit qu'on promette monts et merveilles pour qu'on devienne Consul dans le coin. Je vais dire de ce pas à Oussama Ben Laden qu'il a des chances de se faire pardonner s'il donne quelques milliards au DJ !! En fait, il faudrait créer un site du genre :  www.opportunitmagouille.mg, et la description serait : " Madagascar, un pays prêt à blanchir tous les arnaques et magouilles financières mondiales". Moi, je vous le dis, au moins 2 millions de visiteurs le premier jour !!



Bon alors résumons la souveraineté nationale qui fait la fierté de la population :

  • La biodiversité et le tourisme = investisseurs majoritairement européens

  • Le pétrole = Total et consort

  • Les pierres précieuses = Des va-nus pieds du Sri lanka

  • L'Uranium = Varun et l'Inde avec l'arrivée de nouveaux immigrés évidemment.

  • Le bois de rose : Un partenariat " privilégié et consensuel"  avec la Chine.


Et alors qu'est-ce qui reste aux malgaches ? hmmm Mais l'agriculture  bien sûr !! Mais le circuit est infesté par des spéculateurs et les grossistes, donc les paysans achètent plus chers leur propre riz ce qui fait qu'on doit recourir à l'exportation pakistanaise et indienne pour compenser !

Pour terminer, voici quelques projets secret d'Andry Rajoelina :

  • Andry Rajoelina va nommer Rajabaly, Consul honoraire de Nosy-Be !

  • Andry Rajoelina a proposé aux américains de leur envoyer le commandant Charles pour les aider en Afghanistan.

  • Andry Rajoelina à interdit aux cyclone d'entrer à Madagascar.

  • Andry Rajoelina propose une nouvelle recette de ravotitoto à base de crevettes.

  • Andry Rajoelina conseille l'argile verte pour soigner Johnny Hallyday (Johnny allité pour les intimes)


Ah ! il est beau notre pays et son gouvernement, ne trouvez-vous pas !!!

lundi 30 novembre 2009

#Madagascar : Pillage de bois de rose, et ca continue !



J'ai déjà écrit un article basé sur un rapport de plusieurs ONG concernant le trafic de bois de rose qui considérablement augmenté pendant la crise 2009. Toutefois, certains hyppocrite ou crédules ont refusé de croire disant que c'était invraisemblable, que les chiffres ont été augmentés, etc. Il est vrai qu'il est difficile d'avoir des chiffres précis sur ce genre d'activité, ce serait quand même le comble que les traficants publient leur chiffres d'affaires hein ?

Un autre rapport vient d'être publié par Global Witness et l'EIA (Environnmental Investigation Agency) vient d'être publié renforcant les chiffres précédédents et montrant qu'on avait sous-estimé l'importance du trafic. On peut télécharger le document en français, aussi ne vous privez pas, car il est nécessaire de comprendre tout ce bordel. Il est à noter que ces deux organismes ont étés appelés par les autorités, à savoir, le Madagascar National Parks (MNP), et du minitère des Eaux et Forêts.

Voici quelques citations que j'ai tiré de ce document :


Global Witness a déjà fait ses preuves dans les travaux de recherche exposant la corruption dans le commerce et l’exploitation des ressources naturelles, et travaille à l’élaboration de campagnes visant à mettre fin à l’impunité, aux conflits liés aux ressources et aux atteintes aux droits humains et environnementaux.



EIA enquête et mène des campagnes contre les crimes liés à l’environnement dans le monde entier et bénéficie de dizaines d’années d’expérience des enquêtes sur l’abattage illégal et le commerce international de la faune et de la flore menacées et d’autres produits écologiquement sensibles.



Le transport soutenu de bois de rose en plein jour, sur des sections de routes surveillées par des postes de la gendarmerie, tant au sud qu’au nord d’Antalaha, démontre une sérieuse défaillance au niveau des lois – sinon la collusion active de l’autorité d’application de la loi avec les trafiquants de bois illégaux.



Dès lors, un groupe influent de « barons du bois » qui contrôlait le commerce du bois précieux dans la Région Sava a redoublé de pression sur le gouvernement pour exporter les bois précieux actuellement stockés dans toute la région, tant dans les dépôts ouverts que dissimulés dans les forêts, sous des piles de produits agricoles et cachés sous des bâtiments.



Le cyclone Gafilo, en mai 2004, a engendré une situation anarchique dans les parcs nationaux, les bûcherons profitant d'autorisations de sauvetage gratuitement attribuées pour extraire des quantités de bois précieux protégés qui étaient extrêmement disproportionnées par rapport aux dégâts réellement causés par le cyclone.



Pour conclure, tout bois précieux exploité dans la Région Sava avant septembre 2006 devrait être considéré comme illégal car les permis n'ont pas suivi les règles en vigueur. Tous les bois ainsi produits à Madagascar après septembre 2006 sont définitivement illicites, où qu’ils aient été exploités, en vertu du l'Arrêté interministériel 16030/2006.



La saison cyclonique 2006-2007 a fait beaucoup de dégâts dans la région nord-est de Madagascar ; par conséquent, l'Administration forestière a octroyé des « permis de ramassage » pour les bois précieux endommagés à tout demandeur sans qu’il ait à être inscrit auprès de l'Administration forestière comme opérateur forestier (“exploitant”) ni qu’il doive faire preuve de compétences techniques forestières. Les permis initiaux ont été émis pour des zones non spécifiques dans le District d'Antalaha, qui a été affecté par le cyclone ; le chef du District de Vohémar serait alors intervenu pour s'assurer que des permis de collecte avaient également été délivrés pour des zones non spécifiques de Vohémar, alors que ses forêts n'avaient pas été affectées par le cyclone.



En juillet 2009, en réponse au tumulte suivant l’intensification subite des activités illégales dans les parcs nationaux de la Région Sava, le ministère des Forêts a demandé une enquête sur la légalité du bois stocké dans les 176 containers du port de Vohémar. L’enquête a établi que « sur (...) 7 opérateurs enquêtés, 5 ont commis des infractions à l’encontre de la législation forestière »



Il est de nouveau apparent en 2009 que les négociants sont décidés à se donner beaucoup de peine pour continuer l’activité d’exportation, même si ces activités sont considérées irrégulières. Par exemple, en janvier 2009, des bûcherons mécontents ont protesté à Sambava, ce qui a abouti au pillage et à l’incendie des bureaux de l'Administration forestière ; cette manifestation aurait été orchestrée par des négociants en bois. Il a également été rapporté qu’une délégation de négociants d’Antalaha s’est rendue à Antananarivo le 10 avril 2009 pour rencontrer la HAT (Haute Autorité de Transition, le gouvernement transitoire) pour « discuter » de l’interdiction d’exporter des bois à partir du port de Vohémar15. Dans une réunion présidée par le Chef de la Région d’Antalaha à la suite des protestations du 24 et 25 août – qui ont eu lieu après que des fonctionnaires chargés de l’application de la loi forestière avaient saisi un bateau  transportant du bois illégal –, des responsables ont évoqué « le problème de mise en oeuvre du contrôle de la circulation des bois précieux à Antalaha ». Les opérateurs, ou négociants en bois, ont exigé des autorités qu’elles réalisent la « levée de suspension d’exportation au Port de Vohémar » et « l’évacuation par exportation de bois précieux au port de Vohémar et en dehors du Port dans un meilleur délai »



Hormis les rumeurs de corruption sur des agents de Madagascar National Parks, ceci concerne aussi tous les Services et entités locaux pouvant être impliqués dans la filière bois : le Service des Eaux et Forêts (DREEF), la Gendarmerie, la Justice, les transporteurs, les Fokontany ainsi que les Mairies. Si cela s’avère être aussi exact, ne serait-ce qu’en partie de chaque maillon de la chaîne pénale, il est difficile d’espérer un assainissement de la filière dans le court terme sans une mesure drastique. »



En 2009, huit navires porte-containers ont quitté Vohémar avec à leur bord un total de 19 730 rondins et 50 584 planches dans 324 containers autorisés par le MEF (voir Annexe 9)ix. Cela revient à environ 9 700 tonnes de bois de rose. En prenant l’hypothèse d’un diamètre moyen de 0,3 mètre et d’une longueur de 2 mètres, une moyenne de 55 rondins tiendraient dans un container de 20 pieds/30 tonnes ; cette estimation a été confirmée par l’inspection des containers effectuée par l’équipe d’enquête au port de Vohémar



En résumé, le revenu quotidien moyen des personnes employées pour exécuter des travaux pénibles et souvent dangereux – allant de la coupe au chargement des lourds rondins sur des remorques en passant par le tirage et le transport par radeau et bateau – est de 6 000-10 000 MGA, ce qui ne suffit même pas à acheter deux bouteilles de bière dans les villages forestiers reculés, ou environ deux repas dans la ville d'Antalaha.



Les banques impliquées dans le financement des exportations de bois précieux depuis la Région Sava affectent des capitaux étrangers vers le commerce du bois. En 2009, toutes les exportations déclarées de la Région Sava ont été financées soit par la BFV-Société Générale, filiale malgache de la banque française Société Générale (45 % de prêts par valeur) ou la Bank of Africa, filiale du Bank of Africa Group (55 % des prêts). Bien que les exportateurs entraînent essentiellement des relations avec des gestionnaires de comptes dans les filiales, tous les prêts impliquant des exportations ou des devises étrangères sont approuvés au niveau du siège social à Antananarivo.

Toutes ces données nous montrent qu'il y a des défaillances dans tous les secteurs, et ce, depuis de nombreuses années. Que ce soit les opérateurs directement impliqués, mais également les banques chargés de les financer, ou de la corruption généralisés à tous les niveaux de l'administration. La population est également impliquée, mais on ne peut pas lui en vouloir, car c'est la seule activité qui lui permet d'avoir un salaire journalier. Toutefois, la différence entre les bénéfices de ces opérateurs et les travailleurs sur place est monstrueuse ! C'est salaire qui est destiné à les faire survivre, et non à espérer une vie meilleure. Ce qui est triste est que la population locale prend ces opérateurs pour des bienfaiteurs, et qu'elle n'hésite pas à les défendre s'ils sont menacés ou poursuivis par le gouvernement.

Un autre aspect est de multiples ordonnances juridiques se contredisent, d'abord on interdit, ensuite on autorise sous certaines conditions, on restreint de nouveau, et ca n'en finit pas. Tous ces cafouillages juridiques font la belle affaires des trafiquants dans tous les niveaux. La pression de la corruption et du trafic d'influence n'a jamais été aussi forte.

A terme, on peut craindre une disparition conséquente de tous les aires protégés dans cette région.

vendredi 13 novembre 2009

Madagascar : Médias citoyens, évitons les attaques gratuites !

TIC

La bipolarité de la crise malgache a exacerbé certains de nos instincts qu'il vaut mieux refouler. Le fait qu'Andry Rajoelina ait commis un coup d'état pour accéder au pouvoir ne signifie pas qu'on doit l'attaquer systématiquement, et le rendre coupable de tous les maux de la terre. Le débat doit rester correct, et ce malgré toutes les injustices qu'on a subies. Un exemple d'actualité est le travail de femmes malgaches au Liban. En général, le problème des travailleurs immigrants ne date pas d'hier, et la preuve est que Ravalomanana a été obligé de rapatrier des personnes sur son propre avion. Le trafic de bois de rose est un autre exemple, c'est parce que les régimes précédents ont créer des ouvertures juridiques permettant d'exploiter ce bois, et que l'opacité des décrets a favorisé les abus. Un décret autorisant l'exploitation pour les arbres abattus par un cyclone sont un véritable appel au braconnage. Il y a énormément de problèmes à Madagascar, et les responsabilités sont partagées.

Je pense que certains ont compris que la bataille était presque perdue d'avance, alors qu'ils pensaient vivre un conte de fée avec le sauveur retournant triomphant au pays, et que les méchants garçons se retrouvant en prison ont été déçus et frustrés, et qu'ils ont déversés leur rancune dans une diabolisation systématique. Seule une argumentation basée sur des faits peut révéler les problèmes de la HAT, et non quelques rumeurs glanés ici et là juste pour le plaisir de se défouler.

Quand j'ai débuté en tant que blogueur, j'avoue que j'étais dans cette optique d'attaque personnelle, car je voyais que je ne pouvais rien faire individuellement, et que cela n'enrageait. Ensuite, avec la pratique et l'expérience, j'ai appris à freiner mes ardeurs, et à essayer de les canaliser pour tenter de découvrir une vérité difficile. Refuser de reconnaitre une partie de la responsabilité est un aveu d'échec, et nous sommes tous coupable de n'avoir rien fait quand il le fallait. Aussi, pas la peine de déverser la colère de Moussa sur Issa (Moïse et Jésus), et de dormir tranquille ensuite en pensant qu'on a pratiqué notre citoyenneté.

Les médias citoyens sont un véritable bienfait dans la société malgache, et je suis sûr qu'ils auront l'occasion de le démontrer dans les années à venir. Mais je remarque que certains sites se transforment peu à peu en un réservoir qui rassemble toutes les xénophobies et les racismes dont l'être humain est capable. Cela n'amène rien de bon, et nuisent aux citoyens qui essaient de s'engager pour de bon. Il ne faudrait pas que les gens ne perdent confiance en ces nouveaux médias avant même qu'ils atteint la maturité.

La révolution des TIC est en marche, même si j'attends de voir ce qu'il en est vraiment. Toutefois si c'est vraiment vrai, de nouveaux venus vont arriver qui voudront découvrir ce qui se dit sur le Web malgache. Ils auront l'espoir de voir des points de vues, certes différents, mais toujours dans le cadre d'un débat. J'ai compris maintenant que la politique est un sujet difficile à discuter, car comme la religion, on est sans cesse guidé par ses convictions. Il m'arrive de faire des grossières erreurs d'appréciations, et j'espère m'améliorer à l'avenir. Les citoyens se tournent naturellement vers les médias citoyens, car ils se reconnaissent dans leurs points de vue. Ils ont l'impression qu'ils ne seront plus lobotomisés par quelques poids lourds qui ne pensent qu'à manipuler l'opinion. Maintenant, quel visage voulons-nous donner à ces petits nouveaux ? Est-ce le visage d'une blogosphère et de médias qui ont muris par la crise et qui savent faire la part de chose ? Ou des plateformes où tout le monde s'en met sur la gueule, et où il n'y a aucune proposition de solution ? Dans un monde sans cesse manipulé par la communication, et non l'information, il est important de donner le meilleur de nous-même tout en sachant que cela risque d'être difficile pour chacun de nous, tellement nous sommes conditionnés par nos instincts qui nous tirent toujours vers la bas.

jeudi 5 novembre 2009

Les personnes qui sont impliqués dans le trafic de bois précieux à Madagascar

trafic_bois_précieux2La crise politique malgache a eu plusieurs effets négatifs, on peut citer la bipolarisation parmi la population, la manipulation des médias, les propos de haine de part et d'autres, les pillages, etc. Ce sont des actions directes de la crise, mais les actions indirectes sont les plus catastrophiques, et on peut les classer en deux grandes catégories, économique et écologique. On ressent de plein fouet la crise économique et cela va empirer dans les mois à venir, mais parlons un peu de l'impact écologique avec le trafic de bois précieux qui a défrayé les chroniques les dernières semaines. Les personnes qui en sont responsables doivent être poursuivies et subir les peines les plus lourdes pour ceux qu'elles ont osé faire à la nature. La quantité de bois qui s'est envolée de la Grande Ile est phénoménale, et elle a été possible uniquement parce que les gugus politiques de la capitale s'entretuaient, et que certaines régions de Madagascar étaient laissé totalement sans contrôle. Un contact sur Twitter m'a proposé un document listant les noms des personnes, la quantité de bois pillés, ainsi que la valeur globale de toute l'opération.


trafic_bois_précieux5


Cet article donne une liste complète de tous ceux qui ont pillés sans vergogne le pays au cours de ces derniers mois. Les récentes prises des autoriés ont gelés certains conteneurs, mais on peut dire que la majorité s'est déjà envolé. Ce qui est plus inquiétant est que ce phénomène s'est accéléré, et que la plus grande quantité du bois provient des réserves protégées telles que Masoala, Marojejy et Makira. La majorité des pillages est parti vers la Chine où elle fait l'objet d'un commerce très juteux, qui a dit que les chinoix oeuvraient pour le bien du pays ?

trafic_bois_précieux1Toutefois, on ne remerciera jamais assez les personnes sur place qui ont comptés les conteneurs qui sortaient, et qui ont essayé de retrouver toutes les personnes dans cet odieux trafic. Le bois précieux est l'un des plus difficile à entretenir et à préserver, ces personnes les ont pillés au mépris de tout le travail accompli au cours de ces dernières. Des scientifiques, des organisations internationales et de nombreux experts locaux ont mouillés leur chemise pour que Madagascar préserve sa précieuses biodiversité, et on détruit tout cela en quelques mois.



Les personnes qui sont impliqués dans le trafic de bois précieux dans le nord-est de Madagascar



Cette liste mentionne le trafic qui s'est déroulé au plus fort de la crise, c'est à dire entre le mois de janvier et mars 2009.




  • Jeannot Ranjanoro a détourné 152 conteneurs, mais on a pu reprendre 37 qui sont toujours stockés à Vohémar. Il habite à Antalaha, et est considéré comme l'un des principaux acteurs du trafic, on estime qu'il a pu gagner environ 30 400 000 dollars dont 7 400 000 dollars sont bloqués à Vohémar.

  • Roger Thunam vit à Antalaha, détournement de 103 conteneurs dont 45 bloqués à Vohémar. Il a fait un bénéfice de 20 600 000 de dollars dont 9 000 000 de dollars qui sont gelés à Vohémar. Il est également considéré comme l'une des têtes pensantes du réseau.

  • Jean-Pierre Laisoa vit à Antalaha, 81 conteneurs à son actif et 33 qui sont bloqués. Un bénéfice de 16 200 000 de dollars et 6 600 000 de dollars qui sont gelés. On n'a pas d'information sur cette personne.

  • Claude Bezokiny, également à Antalaha, 33 conteneur avec un bénéfice de 9 800 000 de dollars. Il possède encore 500 tonnes de bois précieux qui attendent dans un entrepot. Selon les versions, il est propriétaire ou gérant de l'hotel Palissandre.

  • Patricia Soa (Lo Seing), habitante d'Antalaha, elle a détournée 42 conteneurs mais 28 ont pu être récupérés. On estime son bénéfice à 8 400 000 de dollars avec 5 400 000 de dollars qui sont gelés. Elle est la soeur de Jeannot Ranjanoro, non mais quelle famille !!

  • Thierry Body, habitant d'Antalaha, 38 conteneurs et 12 qui ont été saisis. Un bénéfice de 7 600 000 de dollars mais 2 400 000 de dollars ont pu être récupérés. Aucun information sur cette personne.

  • Ramialison Arland, habitant d'Antalaha, 28 conteneur et 23 saisis. Le bénéficie est de 5 600 000 de dollars, mais 4 600 000 de dollars sont récupérés. La pauvre !! Elle a gagné seulement 1 000 000 de dollars !!

  • Michel Malohely, habitant d'Antalaha, 21 conteneur. 4 200 000 de dollars de bénéfices.

  • Martin Bamatana, habitant d'Antalaha. 17 conteneurs, et 3 400 000 de dollars de bénéfices. C'est un ancien député d'Antalaha.

  • Chan Lane à Antalaha. Il a détourné 30 conteneur, mais 17 ont étés bloqués. Un bénéfice de 9 400 000 de dollars et 6 000 000 de dollars qui ont été gelés.

  • Grégoire Ndahiny à Antalaha. 8 conteneur et 1 600 000 de dollars de bénéfices.

  • William Guerra à Antalaha. 8 conteneur et 1 600 000 de dollars de bénéfices. Il a essayé de faire passer les conteneurs en prétendant qu'ils contenaient des clous de girofle. Plutot gros comme clou non ??

  • Angelin Befototo à Antalaha. 7 conteneur et 1 400 000 de dollars de bénéfices. Attention, il est réputé pour être armé et dangereux.

  • Victor Be à Sambava. Il tient l'hotel Victoria et il collecte le bois pour Ranjanoro.

  • Victor, il habite à Sambava et il tient l'hotel Bel Air. Aucune information sur la quantité et les bénéfices, mais on estime qu'il joué les intermédiaires.

  • Maurice Paula à Antalaha. Il tient l'hotel Ocean Momo. Il collecte le bois pour Thunam. Allez momo !!

  • Jacky Manambola (ca c'est bien vrai !), il habite Antalaha et on a aucune information de quantité et de bénéfice. Il joue généralement le role de relayeur.

  • Claudia Bezokiny à Sambava. Il collecte le bois pour Thunam. Il n'y aucun lien de parenté avec Claude Bezokiny.

  • Germaine Fenozanany, elle habite Antalaha et elle tient l'hotel Melrose. Elle est la belle-soeur de Ranjanoro et elle collecte le bois pour lui. Putain, c'est une plaie, cette famille !!

  • Abdouramane, il habite Sambava. il a collecté le bois pour Thunam, il est dangereux, mais il a été arrêté et se trouve maintenant en prison.

  • Rachid Patel à Antalaha. Aucune information de bénéfice et de quantité.

  • Eric Foeng à Antalaha. Aucune information de bénéfice et de quantité.

  • Jao Hasy à Antalaha. C'est un ancien agent du département des Eaux et Forêt. (Année 2004-2006).

  • Jean Galbert Betsiaroana à Antalaha. Il prétend qu'il a " nettoyé " la forêt de Sahamalaza, et que les arbres de bois précieux ont été arrachés par un cyclone. Sans blague, il mérite un médaille ce mec !!

  • Enfin, on a Eugène Sam Som Miock qui se trouve à Tamatave. On a peu d'information, mais on estime qu'il a détourné 300 conteneurs, et qu'il a fait un bénéfice de 60 000 000 de dollars. Toutefois, il n'est pas intégré dans le calcul, car il a principalement utilisé le bois des collecteurs.


[caption id="attachment_420" align="alignleft" width="234" caption="Coupe d'un bois précieux"]trafic_bois_précieux[/caption]

Donc, si on calcule toutes les sommes sauf la dernière, on arrive à un total farmineux de 120 000 000 de dollars et 41 600 000 de dollars qui sont gelés. Et gelé ne veut pas dire récupéré, aussi on n'a aucune garantie que cet argent sera bien utilisé, et de ce que l'état en fera s'il met la main dessus. 120 000 000 de dollars !! Si on le calcule en Ariary en se basant sur une valeur optimiste de 1 dollars pour 2000 ariary, cela fait 240 000 000 000 Ariray !!! Bon, on continue d'avoir le vertige et on le convertit en FMG, allez cela fait 1200 000 000 000 de FMG (j'espère que j'ai pas oublié un zéro !!!), c'est tout simplement hallucinant !! Imaginez combien de chose on pourrait, en fait, cette somme est équivalente à 60 000 FMG pour chaque malgache de Madagascar. Et dire que 24 personnes se sont partagés une somme pareille !


Toute cette merde a été possible à cause de la monumentale incompétence du gouvernement. N'est-ce pas lui qui a mis en place un décret légalisant ce genre de coupe. Ils prétendent que c'est parfaitement encadré, mon cul oui !! Je pense plutot qu'ils se sont rendus compte des dégats, et qu'ils ont essayé d'en cacher une grande partie. Ils n'ont pas blanchis l'argent, mais le bois, pas bête comme idée.

[caption id="attachment_431" align="alignleft" width="295" caption="Moyen de transport du Bois précieux"]trafic_bois_précieux3[/caption]

Toute cette affaire a généré des illégalités, ainsi des milliers de travailleurs ont été minablement payés pour transporter le bois à travers le rivières et les fleuves. Même si le document ne le précise pas, j'ai entendu dire qu'à Sambava, de nombreux travailleurs ont étés blessés et même mutilés. On estime qu'il y a eu entre 23,325 et 46,650 arbres qui ont étés coupés dans les réserves Marojejy et Masoala. Ainsi, l'impact est mesuré à plus de 9 500 hectares, en effet, étant donne que la plupart des troncs sont transportés par des cours d'eaux, il faut couper d'autres petits arbres pour en faire des embarcations. De ce fait, cette coupe sauvage s'étale sur plusieurs générations dans l'écosystème.

trafic_bois_précieux4


Il ne faut pas oublier que ces chiffres sont officiels, et que ces personnes sont connus de l'état. Donc, il y a surement des centaines d'autres personnes impliqués avec une quantité supplémentaire, cela va de soit. Quand on pense qu'on a mis Tana à feu et à sang parce qu'un dictateur s'était offert un avion de 60 millions, on voit que c'est carrément le double qui s'est envolé. Et qu'est-ce que les politiciens trouvent à faire ? Partir en Ethiopie, et discuter qui aura la présidence de la Transition ? Ensuite, prétendre que c'est la volonté du peuple !! Franchement, toute cette histoire commence vraiment à me dégouter !!


Heureusement, des personnes continuent de se battrent en préservant et en promouvant la biodiversité de Madagascar, ainsi on peut trouver sur Facebook, les initiatives et les informations pour tenter de sauver la réserve Masoala.

lundi 26 octobre 2009

Madagascar : Savoir se blinder

Non, ce n'est pas pour se protéger des balles bien que ca reste toujours d'actualité, mais il faut blinder notre esprit contre les manipulations qui sont notre lot quotidien depuis quelques temps. Mais ils sont parfois si intenses qu'on a du mal à se protéger qu'on se pose parfois la question : " Et si nous avions tort ?". Imaginons un seul instant que Rajoelina ait eu raison, que les TGVistes cherchent vraiment le développement, que Ravalomanana ait été un dictateur de la pire espèce. Difficile d'imaginer cette situation hein ? Est-ce que nous pourrions revenir en arrière et dire : "OK, Désolé mais on a eu tort, est-ce qu'on ne risque pas de s'enfoncer dans la même spirale de propagande et de jusqu'au boutisme que les TGVistes d'aujourd'hui ? Non, me direz-vous, car on a eu le blindage nécessaire pour voir clair dans cette crise. Ah oui ? Ou c'est simplement parce que que nous ne supportons pas le fait qu'un minus comme Rajoelina ait pu prendre le pouvoir. Peut-être que C'est plus en profondeur, et que c'est parce que nous savons qu'on n'a rien fait pendant les moments importants que nous essayons de compenser par ce débordement d'activités pour instaurer une soi-disante démocratie.

Je pense qu'il est inefficace de diaboliser Rajoelina, car il court lui-même à sa perte, et même s'il réussit. L'histoire nous a appris qu'aucun dirigeant n'a pu rester au pouvoir s'il a eu des adversaires en face de lui. La descente dans la rue est le seul moyen qu'a trouvé l'opposition pour mobiliser le peuple. Ce dernier est motivé plus par l'appat du gain qu'autre chose et les pillages de la dernière crise le démontrent parfaitement. Tout le monde veut se remplir les poches, et il est prêt à tout, même tuer ses compatriotes pour le faire. Je mentirais si je disait que je suis le bon samaritain de service qui aurait pu avoir la présence d'esprit de ne pas tomber cette spirale. La vérité cruelle et banale est que je me serais rempli les poches et même les chaussettes si j'en avais eu l'occasion. On ne peut pas lutter contre la nature humaine qui nous pousse vers l'égoisme extrême. Récemment, j'ai recu un mail me proposant une offre d'éditeur pour un site malgache (ils ont du lire que j'étais rédacteur Web. Le salaire n'était pas intéressant, il était phénoménal !! il avoisinait plus d'un millions d'ariary, plus quelques "avantages" qu'ils n'ont pas précisés. Evidemment, le mail était impossible à identifier, et il n'ont même pas donné le nom du blog, mais on peut avoir une idée de qui sont derrière. La directive d'édition était simple :" Vous aurez la charge de faire des articles portant sur le développement à Madagascar, et de sa marche vers une croissance sure et stable". On a également ajouté que je serais libre de mes propos tant que cela ne portait pas atteinte aux organismes qui sont en charge de cette croissance. En clair, on me demandait de mentir sur la situation économique à Madagascar en disant que c'était le paradis sur terre. Le plus intéressant est qu'on me demandait d'écrire sur ce site, et de répercuter les articles sur le blog que vous lisez actuellement. Ainsi, on a le beurre et la crémière !

Je pourrais dire que j'ai refusé cette offre en prenant un air scandalisé, mais j'y ai réfléchi pendant quelques jours. Car le salaire aurait considérablement amélioré mon quotidien, et le cas échéant, j'aurais pu faire des projections vers l'avenir avec la fondation d'une famille et tout le reste. Je me suis dit qu'on se démène pour faire connaitre les injustices à Madagascar, et que personne ne nous écoute, et que puisque tout le monde pense à soi-même, pourquoi je ne ferais pas de même ? Mais ensuite j'ai pensé que j'allais trahir ma propre pensée en faisant une telle chose, et que tous les articles que j'ai écrit pour lutter contre les injustices n'auraient servis à rien. Aussi, j'ai poliment refusé, et croyez-moi, j'ai eu des regrets en cliquant sur le bouton Envoyer de mon mail.

Tout ca pour dire qu'on peut enfiler la cape du dénonceur, mais que la réalité nous rattrape à chaque fois, et qu'elle vous enterre à tout jamais au moindre faux pas. L'objectivité de l'esprit est essentielle pour s'engager dans une cause, et il faut se blinder en conséquence. La peur de la précarité et de l'avenir ont étés mes principaux motifs avant de refuser l'offre. Cette histoire m'a également permis de réfléchir sur le non-comportement de la majorité malgaches pendant cette crise. Nous avons été tellement choqués par l'intensité des violences que nous sommes restés tétanisés tel un lapin devant un serpent à sonnette. Cela a permis à de nombreuses personnes de profiter sans vergogne et de s'enrichir éhontément !! Ce sentiment de peur de l'inconnu est présent dans notre quotidien, et même dans notre propre famille, il suffit qu'un seul maillon déraille et tout notre monde s'écroule, et on se met à penser à des choses auxquels un être sensé ne devrait jamais penser...(ne vous inquiétez pas, je me comprend).

On parle souvent du lundi noir du 26 janvier, mais on omet parfois le dernier jour qui a vu le pillage de Jumbo et de France Pub dans la commune de Tanjombato. Pour tout vous dire, j'ai quasiment assisté à l'évènement en direct, le pillage de France Pub a commencé vers 18 heures et les forces de l'ordre sont venus...6 heures plus tard alors qu'ils n'étaient qu'à quelques kilomètres. Le lendemain, je suis sorti vers 9 heures, et j'ai vu des centaines de personnes du coté d'Ankadimbahoaka qui attendaient de piller Jumbo vers 11 heures. Il est clair que tout a été planifié, mais par qui ? Par les TGvistes, j'en doute fort, mais des rumeurs ont courus que c'était une lutte entre des opérateurs économiques issus des minorités, je parle souvent de ces dernières, et un ami m'a même dit que c'était de l'auto-flagellation, mais le fait est que cette minorité fait vivre la majorité, aussi leurs actes doivent être dénoncés si c'est nécessaire. Ce que je veut dire en radotant sur ces tristes évènements est qu'auparavant, la concurrence était restée loyale, mais certains ont dépassé les limites dans cette crise. Ils se sont apercus qu'ils pouvaient enfeindre les lois les plus fondamentales de la sécurité, et qui peut garantir s'il n'iront pas encore plus loin lors de la prochaine crise ? Et il ne faut pas se leurrer, car il y en aura toujours à cause du manque de maturité politique. C'est pourquoi, il faut se blinder sans cesse pour éviter de tomber dans la propagande et la manipulation. Mais comment faire ? je n'ai pas de réponse à cette question, mais une bonne piste est de se remettre sans cesse en question et de se dire : " Et si j'avais tort ?". Cela permet d'avancer et d'y voir clair dans les injustices qui nous dévorent et qui sont présents dans tous les pays.

jeudi 22 octobre 2009

Madagascar : Recul de partout

On recule de partout à Madagascar, que ce soit sur le classement de RSF ou de la situation économique. Ce qui est risible est que les incompétents au pouvoir ne voient rien, et ne font que réagir. La décision d'ouvrir les médias à la couverture de Magro relève plus de la manipulation à l'encontre de la CI, plutot qu'une volonté pour promouvoir la liberté de la presse. Cette dernière n'était pas non plus parfaite au temps de Ravalo, mais c'est la crise économique qui va plonger ce pays dans la merde. La plupart des gens que je vois dans la rue sont renfrognés, querelleurs et désespérés.

Les prix ne cessent d'augmenter et on préfère batifoler à droite et à gauche plutot que de résoudre le problème. Que les biens-pensants se rassurent, je parlais de batifolages diplomatiques, car on n'en a rien à cirer des frasques intimes de certains. Mais les médias adorent ce genre de trucs, car cela leur permet de se donner de l'importance, alors qu'ils sont complètement muselés. Les zones franches sont en passe d'être des zones mortes, et je ne pense qu'une résolution de la crise corrigera immédiatement le problème. Il faudra des années pour que la situation redevienne normal. Pendant ce temps, Ivato ressemble à la colombie où tout le monde est de mèche pour la contre-bande. Mais on refuse de voir des réalités plus affolante telles que le bois précieux qui continue de sortir malgré quelques opérations bidons de capture.

Fozahorana


Les crabes oranges ou crevettes continuent leur danse macabre en se foutant de tout le monde. On fait même disparaitre les fournitures aux couleurs de Ravalomanana pour qu'il ne vienne pas hanter des prochaines élections déjà truquées. Ensuite, on distribue quelques stylos dans des EPP avec le visage angélique de la "première dame" pour faire croire qu'on s'intéresse à l'éducation. On fait semblant de donner de l'importance au Conseil d'Etat afin de donner l'impression que les institutions sont indépendantes. Parfois, on voudrait fuir cette capitale de dingue pour se prélasser à la plage, mais on risque d'être attaqué sur le chemin par des bandits qui ressemblement de plus en plus à des gendarmes.

Mais pour certains la vie est constituée d'articles haineux tel que Jeannot Lapin et toute sa clique. "Il faut donner sa chance à Rajoelina" éructe-t-il, mais de faire quoi ? Je sais déjà le titre de l'autobiographie de cette vilaine petite crevette : " Comment on organise un coup d'état pour plonger un pays dans la ruine complète". Et ca ose donner le titre de premier média à Madagascar, arf !!

Dans un système qui va tout droit à l'échec de la démocratie, il est parfois bon de mettre un élément aléatoire, et ce dernier peut s'appeller Monja Rondefo. Je ne pense pas qu'il accepte une défaite possible au Conseil d'Etat, et le contraire serait une catastrophe pour la HAT.

Oui, on recule de partout, et on le fait à grande vitesse pour plonger dans un abime sans fond !!

mardi 20 octobre 2009

Madagascar : Une petite histoire de la corruption

corruption_kadoillicite

J'ai déjà écrit sur ce sujet, mais on peut le varier à l'infini par sa complexité. Tous les gouvernements depuis l'indépendance ont promis d'éradiquer la corruption et personne n'y est arrivé. Il parait que la corruption engendre la pauvreté, mais ne serait-ce pas le contraire ? C'est parce que les fonctionnaires sont mal payés qu'il se font corrompre. L'initiative du Bianco a été l'une des meilleurs en théorie, mais dans la pratique, il s'est attaqué uniquement aux petits poissons et ont déjeunés tranquillement avec les requins. On a toujours critiqué les étrangers d'être à l'origine de la corruption, c'est en partie vrai, mais une politique drastique permet de la résoudre efficacement.

De nombreux pays ont souffert de la corruption, même les U.S.A, il a fallu des hommes déterminés prêt à sacrifier leur famille et leur travail pour en venir à bout. Un autre problème typiquement malgache est le " cadeau ", la tradition estime qu'il faut toujours donner un petit quelque chose quand il vous a rendu un service. Je pense que c'est ce concept qui est à la base du problème, et c'est valable dans les deux sens. C'est tellement ancré qu'on se sent même coupable même quand on a l'impression d'avoir payé ce qu'on doit.

J'ai parlé du foutoir qui régnait il y a quelques mois dans le ministre de l'Intérieur, notamment sur les demandes et renouvellements de passeport. Il y a quelques années, je travaillais pour une personne qui avait ses entrées (ne me demandez pas son nom, il est mort depuis) dans la plupart des ministères. Il s'occupait principalement de visas de séjour, et d'obtenir des nationalités malgaches. Des pakistanais qui étaient à Madagascar depuis quelques mois obtenaient leur petite carte officielle. Moi, j'étais le coursier dans la boutique de cette personne, et à me voir, vous ne diriez pas que je suis l'auteur de ce blog :), car je passe quasiment inapercu. Un jour, un pakistanais vient voir cette personne dans la matinée, et lui dit qu'il a besoin de renouveler son passeport dans la journée. Mon boss ouvre les yeux comme des soucoupes et dit que c'est impossible. Alors ce gars met une jolie liasse d'euros sur la table, et même si j'étais éloigné, j'ai pu voir son épaisseur. Ensuite, faisant mine de refuser, il finit par dire qu'il essaiera. A peine le mec parti, il m'appelle, et me demande de rédiger une demande officielle. Faut savoir que ce mec était bien équipé, il avait un livre complet sur des modèles de lettres officielles pour des demandes, des réclamation, etc.

Moi, en tant que pigiste attitré, je commence à écrire et à suivre ses recommandations. J'ouvrais également grand mes oreilles, car toutes ses directives étaient précises à mort. Par exemple, est-ce que vous saviez que certaines demandes officielles doivent avoir un marge particulière pour que le ministre ( Eh !! oui) puisse faire les annotations nécessaires. Donc, après avoir fini la lettre, il me demande de l'accompagner, et il me dit texto :


Comme ça, tu sauras comment faire lorsque je serais mort (il ne croyais pas si bien dire) !!

Donc, il va à la "patte d'éléphant" (c'est comme ça qu'on appelle le ministère de l'Intérieur), il attend au parking, et il appelle quelqu'un. Ce dernier arrive quelques minutes, et après quelques murmures et de gestes savamment orchestrés, il prend le dossier du passeport et s'en va. Sur le chemin du retour, je lui demande d'un ton léger combien cela va couter, il fait mine de ne rien entendre, et demande à un des employés d'aller au marché. Tout ça c'était le matin, l'après-midi, à peine arrivé au travail, il me tend un panier, et m'envoie au ledit ministère et me dit de bipper tel numéro. Je le fais, et la personne du matin arrive, me tend le dossier, et je vous le donne émile, le passeport était terminé !! Il devait être 15 heure. Garder à l'esprit qu'on a déposé le dossier à 10h30, et qu'il a suffit de quelques heures pour le faire. Vous vous demandez sans doute ce qu'il y avait dans le panier ? C'était 5 Kg de poissons de mer, oui oui, de gros poissons. Ensuite, le mec me dit :


La corruption est un art, tu dois équilibrer le respect et la somme nécessaire, j'aurais vexé le fonctionnaire en lui donnant simplement de l'argent dans une enveloppe, car cela l'aurait rabaissé. Alors qu'en lui donnant du poisson, tu lui indique que tu penses à sa famille, et qu'il mérite ce qu'on trouve rarement dans la capitale.

Plus tordu que ça, tu meurs !! Cette histoire banale à Madagascar illustre le fait qu'il faut étudier la corruption en profondeur avant de sortir des remèdes miracles de marabout. Il est évident que l'argent est plus rapide, et que je vous parle de pratiques d'il y a environ 3 ans, mais c'est vous dire à quel point le sujet est sensible. Evidemment, les corrupteurs sont plus coupables que les corrompus, car ces derniers ne sont que des victimes d'un système qui les empêchent d'accéder au mirage d'une vie meilleure. Aussi, on se contente de ce qu'on trouve n'est-ce pas ?

mercredi 7 octobre 2009

Madagascar : L'échec de la démocratie et du développement

Les crise ont parfois des cotés positifs, et la dernière qu'a connue Madagascar a forcé de nombreuses personnes, surtout moi à connaitre davantage l'histoire de ce pays, et pourquoi on tourne toujours en rond après 49 ans d'indépendance. Je vous préviens tout de suite que c'est un article assez long , préparez du café et de l'aspirine car on va en avoir besoin.

Démocratie et développement sont-ils compatibles dans les pays pauvres ?





La première chose qui intéresse un peuple digne de ce nom est un niveau de vie assez élevé. Il veut manger à sa faim, avoir accès à l'éducation et à la santé, pouvoir s'informer et communiquer. Ce sont des choses assez banales dans les pays riches, mais diablement difficiles dans les pays pauvres. La raison est que le peuple a rarement compris l'idéologie de ses dirigeants au cours de l'histoire. Il pensaient que chaque idéologie allait amener le développement, ils ne sont jamais posés la question que l'instauration de la démocratie exige de grands sacrifices. Une démocratie a des chances de favoriser le développement, car tout le monde a les mêmes chances sur tous les domaines. Mais c'est rarement le cas pour Madagascar, où le niveau d'éducation est très contrasté selon les régions. Une démocratie en bonne état implique également un niveau acceptable de corruption, et on est loin du compte dans le coin hein ? Enfin, la majorité des malgaches n'ont aucune expérience de la politique, ni même des institutions qui ont jalonnés l'histoire du pays. Posez leur la question entre la différence entre un parlement et une assemblée, que représente le congrès ? Quelle est le rôle de la Haute Cour Constitutionnelle ? Ils ne feront que répéter ce qu'ils ont entendus dans les médias, et si ces derniers disent qu'ils sont corrompus, donc ils ne feront que le redire sans chercher à savoir leur fonctionnement en profondeur. C'est pourquoi même aujourd'hui, de nombreuses personnes ont peur de l'administration, et qu'aller dans un tribunal est identique à passer par le purgatoire. Le développement dans ces conditions est impossible, et ce, malgré tous les efforts des organisations tels que la Banque Mondiale et le FMI. Ces dernières ont fait l'erreur de généraliser tous les pays pauvres, et ils se sont dit : " Ok, si nos ajustements structurels ont marché dans tels pays, cela devrait également marcher dans d'autres". Ce point de vue typiquement occidental a conduit beaucoup de pays à la ruine, et les a forcé à utiliser des investisseurs plus que douteux. Certains ont vu clair dans le jeu de ces organisations qui ne sont que des façades pour défendre les intérêts des pays riches, et leur ont dit de foutre le camp. Cela a été le cas par exemple pour l'Indonésie, et même si ce n'est pas encore un pays riche, il possède un secteur économique des plus dynamiques. Maintenant, on peut se demander pourquoi nos politiciens n'ont jamais réussit, et surtout qu'est-ce qui les motive pour viser le pouvoir ? La réponse au chapitre précédent, même si la plupart d'entre vous connaissent déjà la réponse.

L'origine des politiciens malgaches, les armes du "Fihavanana" et 'l'Union nationale





Pour comprendre les origines des politiciens, il faut remonter dans la période coloniale française. Ces derniers n'étaient pas capable de contrôler tout le pays efficacement, aussi ils font fait à la classe du "Royaume de Madagascar". Des familles royales et nobles qui ont servi d'instruments de contrôle parmi la population. Ils ont eu des avantages que le reste du peuple n'a jamais eu, notamment dans l'éducation. En effet, la plupart des enfants de ces familles "privilégiés" allaient dans des écoles françaises, et ils se retrouvaient pour la plupart dans les campus universitaires en France. Aussi, seule une infime partie était éduquée, et avait une expérience de la politique. La France a fait un coup de maitre, car non seulement ils ont fidélisés ces familles, mais leur ont bourré le crane avec la philosophie française vis à vis de ses anciennes colonies. Les autorités françaises savaient que le temps n'était  plus à l'esclavagisme, et que ces familles allaient leur servir après l'indépendance. Et c'est ce qui est arrivé, la plupart des gouvernants sont issus de cette classe favorisée, car ils avaient l'éducation nécessaire. En général, on distingue deux types de personnages dans la politique malgache, le premier sont les décideurs, c'est à dire les ministres, le président, etc. Ensuite, nous avons les techniciens qui occupaient des grades élevés dans l'administration, qui possédaient les plus grandes entreprises, et qui occupaient la place intellectuelle. Le concept d'ethnie a joué un rôle déterminant dans ces deux catégories, ainsi au début des années 60 jusqu'en 75, les postes politiques appartenaient aux côtiers tandis que les affaires appartenaient aux Merina, ou habitants des hautes terres. Je sais que cela fait cliché, mais l'histoire nous prouve que non seulement la différence ethnique existe, mais que les politiciens l'ont utilisés à merveille.

Les candidats à n'importe élection utilisent deux armes principales, la première est la menace de la guerre tribale. "Ne choisissez pas untel, car il est betsimisaraka !! Ou ce gars est un Betsileo, et il va nuire à votre région !!". Ce genre de discours est récurrent, et se trouve dans la bouche de tous les politiciens pour une seule raison, l'identité ethnique efface les efficacités du programme électoral. Les candidats n'ont plus besoin de développer les problèmes sociaux, et ce qu'ils comptent faire pour les résoudre. La crise identitaire est un instinct viscéral, et tout le monde tombe dans le panneau, qu'il soit éduqué ou non. La seconde arme est encore plus géniale, c'est le "Fihavanana" ou le respect et la tolérance entre les différentes communautés. Je ne dis pas que cette notion n'a jamais existée, mais c'était il y a longtemps, et aujourd'hui, on n'en voit presque plus la trace. Aussi, quand les politiciens sentent la situation déraper ou qu'il y a des violences, ils crient sur tous les toits le respect du "Fihavanana" en endossant le costume du "rassembeur" et du "sauveur". Je trouve ca vraiment génial, d'abord on exacerbe les tensions ethniques, et ensuite on utilise le fihavanana pour avoir les chaises. Ils apportent la maladie et ensuite disent qu'ils ont le vaccin qu'il faut. Et c'est valable pour tous les politiciens, mais c'était surtout notable dans la crise de 2002, ou ce concept totalement inventé par ces politiciens a fait des centaines de morts.

Marc Ravalomanana a essayé de rassembler le maximum de personnes autour de lui, mais est tombé également dans le même piège. Il ne s'est pas occupé de certains provinces, et les habitants de ces dernières lui ont voué une haine sans borne, et c'est pourquoi ils ont célébré la nomination de personnes telles que Monja Rondefo. Depuis des décennies, les côtiers pensent que les habitants de la capitale veulent voler leurs richesses et favoriser la capitale dans tous les domaines. Et les responsables locaux sont là pour entretenir la flamme de cette haine. L'un des exemple est la crise actuelle, on peut se demander pourquoi elle n'a pas eu la même portée dans les provinces, tout simplement parce qu'ils se sont dit que ce n'est que deux merina qui se battent, et qu'il n'y a rien pour eux. un autre critère est le degré de corruption dans certaines provinces, où des pans entiers de l'économie survivent uniquement grâce au monopole de certains opérateurs qui ont la bienveillance des politiciens sur place. L'ére Ravalomanana était l'opposé de Ratsiraka, les politiques fiscales étaient drastiques, et beaucoup d'opérateurs ont fait faillite, parce qu'il avaient pris l'habitude de faire de honteux bénéfices, et que c'était dur de "travailler honnêtement". Malgré le fait que le fihavanana est inexistant entre les politiciens et les citoyens, il est perceptible dans les rapports sociaux. C'est pourquoi l'entraide et une certaine forme de fraternité existe parmi toute la population, car ils ont l'impression de faire partie de la même famille. De même, le malgache qui s'exile au fin fond de la planète gardera une nostalgie pour son pays et les siens. Ce sentiment est également fort dans les minorités étrangères, et ils diront qu'à Madagascar, ils étaient bien quelles que soit les conditions de leurs vies, car ils étaient simplement chez eux.

Le concept de Ray aman-dreny





Le fihavanana peut sembler obscur aux non-inités, mais ce n'est rien comparé au concept de Ray aman dreny. Ce dernier signifie littéralement "Père et Mère", et il peut désigner un protecteur ou la tête de la famille. Ainsi, si une personne a réussi à créer le fihavanana parmi le peuple, il peut prétendre à ce titre. Il est difficile de le définir précisément, mais une bonne définition a été donné par le journal "Lakroa" du 4 avril 1993 :
ferme comme le père tout en ayant la douceur de la mère

Ce concept est présent dans les familles individuelles comme dans les plus hautes instances gouvernementales. Selon les ethnies, la définition est légèrement différente, mais raméne sur le point de la protection et du rassemblement. Un auteur, J. Ndemahasoa, donnait les règles du Ray aman-dreny qui devraient s'appliquer dans la société :
Tsy maintsy mifanaja ; fombafomba tsy maintsy mifanaja...Ny andriana tompoin-tsy manery vozona ny andevo, ny nafahina tsy mandidy manapaka alohan-joky ; ny zandry tsy manao kely mila akisa ; ny zoky tsy manao tsindriako fa kely hanjakako ; ny tompon-tany tsy mibahana tsy hiainana ; ny vahiny thy alohan tompon-tany ; ary volo maitso natohana akondro : ny samy maitso mifanohantohana

Il faut se respecter ; la coutume veut que les groupes voisins se respectent... Les nobles, les esclaves les servent mais ils ne forcent pas ces derniers à travailler pour eux; ceux qui ont été affranchis - des cadets - ne décident pas avant leurs ainés, ceux qui les ont affranchis ; les cadets, en tant que plus jeunes ne cherchent point noise ; les ainés, en tant qu'ainés n'abusent pas de leur pouvoir pour dominer les cadets ; les originaires de la région n'occupent point le terrain pour que les migrants ne puissent pas y vivre ; les migrants ne se mettent point avant les originaires de la région ; oui, c'est comme le bambou vert qu'on a mis en appui au bananier : ils sont tous deux verts, c'est pour cela que l'un vient en appui à l'autre

On pourrait dire en signification libre que chaque malgache a sa propre différence, mais cela n'empêche de se respecter et de vivre ensemble. Ce texte met en évidence la structure hiérarchique des Ray aman dreny, et je pense qu'il est inspiré de la philosophie arabe qui accordait une grande place aux vieux sages de la famille, car ils avaient vu le monde. L'égalité dans une hiérarchie parait contradictoire, mais c'est ce que nous apprennent les Ray aman-dreny, et terminons par la phrase d'Andrianampoinimerina à ce sujet :
Ataoko ny kely ny manana ny zay, ny be manana ny azy

Je ferais en sorte que les grands aient leur part, et que les petits aient leur part.

Finalement, on pourrait que ce serait un père qui appliquerait les mêmes récompenses et sanctions, et ce, quel que soit le profil de ses enfants. Maintenant, je ne peux m'empêcher de ricaner sournoisement en me disant que notre "président" actuel n'a pas du tout l'air d'un Ray aman dreny qui aurait proné le fihavanana parmi ses compatriotes.

Un développement est-il possible à Madagascar ?





Dans l'état actuel des choses, on peut rêver en couleur qu'une telle chose se produise. Le problème est que tous les politiciens ne pensent qu'à leur intérêt, et leur principal objectif durant leur mandat est de gagner les futures "Ady Seza". Pour ce faire, ils verrouillent tous les recours institutionnels, et n'hésitent pas à se transformer en dictateur. Ce qui est risible est que la population elle-même trouve étonnant qu'une personne ne se soit pas enrichie après qu'il ait obtenu la chaine convoitée. La corruption est dans les moindres niveaux de la société, du marchand de légumes qui corrompe l'agent de circulation, jusqu'au meurtrier qui sort tranquillement de prison après avoir payé grassement le gardien-chef. Et tant que ce fléau existera, il n'y a aucun espoir pour Madagascar. Mais on peut insuffler une certaine dynamique économique, c'est ce qu'à fait Ravalomanana pendant son mandat. Son slogan était qu'on travaillant, on pouvait réussir. Il prenait son propre exemple et de Tiko, mais il a oublié de préciser les aides qu'il a reçu de la Banque Mondiale, et des nombreuses exonérations fiscales... Mais ne faisons la fine bouche, Solofo me faisait remarquer qu'il a donné envie aux malgaches d'investir et d'entreprendre.

L'arrivée des chinois a accentué ce phénomène, ils ont construit des immeubles, des stands, et ils ont inondés le marché de produits chinois. Les magasins CITIC et Supreme Center leur appartiennent. Mais la différence principale avec les autres minorités est que ce sont des malgaches qui sont au comptoir, qui vendent et réalisent des bénéfices. Il est évident que cela ne donnera rien sur le court terme, mais ils vont acquérir de l'expérience, et pourquoi pas devenir des importateurs. Des gens qui n'avaient pas de fonds pour créer une entreprise se sont à mis à avoir plusieurs points de vente, et ont un niveau de vie plus élevé qu'auparavant. Mais Marc Ravalomanana a fait plusieurs erreurs, la première est qu'il a concentré tous ses efforts dans la capitale, accentuant la favorisation identitaire. Et surtout, il n'a pas regardé des secteurs clés de l'économie que sont les ressources naturelles. Il n'a rien fait pour former les jeunes dans les pierres précieuses, ou dans l'agriculture de développement durable. Les paysans forment la majorité de la population, et ils sont étouffés par des grossistes spéculateurs et des crédits qui créent le surendettement. Les organismes financiers sont les grands gagnants, et il n'est pas étonnant qu'ils ont connu des taux de bénéfices monstrueux, et ce, quelle que soit la situation du pays.

Prenons l'exemple de la vanille et de Sambava, quelle richesse !! Et pourtant tout le secteur est aux mains de quelques opérateurs économiques, et étrangers de surcroit. Ce qui fait qu'ils alimentent les caisses de l'état, mais les principaux bénéfices repartent dans des pays étrangers, et la population locale n'a plus qu'a faire sécher le manioc sur son toit pour survivre. Il y a quelques années, le prix de la vanille a connu une énorme explosion, et même les petits producteurs sont devenus riches. Qu'est ce qu'il font de cet argent ? A cette époque, je tenais un petit magasin de quincaillerie, et un jour, un producteur de la région est venu pour faire des achats. Le mec était en sandales, il portait des bracelet en or massif et son camion était remplit de bouteille d'eau minérale. Je lui demande ce qu'il comptait faire de toute cette eau, et il me répond que c'est pour se laver. Ce gars là utilisait des bouteilles Eau Vive d'un litre pour se torcher le cul !! Cela s'explique par le fait que ces personnes ne connaissent pas la valeur de l'argent, et ils n'ont pas pensés une seule seconde que cela ne va pas durer, et qu'il feraient mieux d'investir. La boum de la vanille n'a duré qu'une année, et croyez-moi la gueule de bois était dure. Ce sont ces secteurs qui ont le plus besoin d'éducation, notamment les producteurs à qui doit apprendre la valeur de l'argent.

La même chose est arrivée à Fort-Dauphin, où l'exploitation d'ilménite nécessitait une grande partie de la surface halieutique. Aussi, la société en charge de l'exploitation a payé 1200 dollars par mois à des pêcheurs pour qu'ils arrêtent de travailler. Qu'est-ce qu'ils ont fait à votre avis, ils se sont mis à acheter des trucs inutiles tels que 4 ou 5 portable à 1 millions d'ariary avec lesquels ils se pavanaient dans la ville. Mais toutes les choses ont une fin, et ces pêcheurs se sont fait avoir comme des débutants, car une grande partie de la zone maritime est polluée par le traitement du minerai. Un plaisir de quelques mois pour la ruine de toute une vie !!

On a souvent critiqué les malgaches d'être paresseux et d'être partisans du fameux "mora mora", mais il ne faut pas confondre manque de motivation et paresse. Quand un fonctionnaire sait que 80 % de son salaire va s'envoler dès le 5 du mois en payant le loyer, l'électricité, et les dettes de l'épicier du coin. Comment voulez-vous qu'il fasse correctement son travail ? Et il est certain que la corruption y trouve un terreau favorable pour se répandre. Les malgaches sont de sacrés travailleurs, mais il faut leur apprendre la vision sur le long terme. Il y a qui ont compris que le salaire n'est pas la garantie d'une bonne vie, et la preuve est l'émergence des métiers informels. Les vendeurs sur rue à Tsaralanana et Behoririka ont compris une chose que les politiciens ne comprendront jamais... Court-circuiter la hiérarchie administrative pour maximiser la production, la mobilité et les bénéfices. Mais ces personnes pensent au jour le jour, et des formations dans ce sens sont nécessaires.

L'accès à l'information, essentiel au développement





Quand on regarde le paysage médiatique de Madagascar, on voit que tous les médias sont concentrés dans la capitale. Oh, il y a des radios dans les provinces, mais ils ne possèdent aucun journaliste, et même s'il en existe, ils ne possèdent pas le matériel adéquat. Les habitants des provinces sont obligés d'attendre que la capitale envoie des reporters pour voir ce qui se passe dans leur propre ville pour savoir ce qui se passe ! C'est tout simplement aberrant, et cela signifie un manque total d'implication politique dans ce secteur. Le désenclavement joue également un rôle dans la pensée unique et la manipulation. On n'a qu'à se rappeler de la déclaration d'un habitant de Katsepy à Majunga en juillet 2009 : " Quoi ! On a changé de président, mais qu'est-ce qui est arrivé à Ravalomanana !". Est-ce que c'est si difficile d'équiper les principales villes de stations audio-visuelles, et de quelques titres de presse écrite. Un matériel composé d'une simple caméra et d'une voiture ou d'une moto revient-il si cher à l'état pour que cette situation perdure depuis des décennies ??

Se servir d'abord et ensuite on verra !





Cela pourrait être le slogan de nos hommes politiques. Ils se serventt des deux mains au lieu de servir le peuple. L'un des problèmes est qu'on ne peut pas obtenir les postes élevés qu'en ayant un réseau influent. Ce dernier a ses propres intérêts qu'il rappellera quand le mec accédera au trône. C'est pourquoi, Madagascar continue de courir après le développement et la démocratie après plus d'un demi-siècle. Il arrive que des crises soient tellement graves qu'il faut faire appel à des autorités étrangères pour des élections, et ce n'est pas toujours une bonne chose, comme on le verra dans le chapitre suivant.

L'illusion des démocraties dans les pays en développement avec les observateurs internationaux.





Il parait que des élections sous l'égide d'observateurs internationaux est une garantie de transparence. Permettez-moi d'en douter. Je prend deux exemples, les élections au Ghana et Kenya dans les années 1991 et 1992. Un journaliste ghanéen écrira :
Je ne peux croire qu'ils se ruent sur leurs bagages chaque fois qu'ils entendent parler d'une élection quelques part, simplement dans la perspective d'un diner bien arrosé, de visiter les bureaux de vote le jour des élections au lieu de rédiger un rapport, et de penser qu'il participement à la promotion de la démocratie

Le problème de ces observateurs est qu'ils n'en ont a rien à foutre des élections, mais ils suivent simplement un manuel de procédures, et ne tiennent pas en compte des conditions d'avant et d'après des élections. Certains disent que la plupart du temps, ces observateurs ne sont qu'une "colonie de touristes". Ce qui est frappant est leur vitesse de réaction pour décider de la bonne tenue des élections, par exemple, au Kenya, le dépouillement n'était même pas encore terminé, que les observateurs ont déclarés officiellement que les élections ont été transparentes. L'Angola a eu son lot d'observateurs sur les conditions des urnes. Certaines de ces dernières n'avaient pas de cadenas unique comme c'était exigé dans le processus électoral. Les observateurs ont simplement dit : " Cela prouve qu'il y a une confiance réciproque entre les citoyens et les autorités." Ainsi, n'importe qui pouvait ouvrir ces urnes, et les bourrer si nécessaire. Un autre paramètre est le mépris et le paternaliste des internationaux face aux observateurs nationaux. Ces derniers se sont plaint qu'aucune de leur réclamation n'ait été prise en compte. Les observateurs locaux sont essentiels dans le déroulement des élections, car ils ont une parfaite connaissance du terrain, de plus, leur intérêt personnels vont dans le sens de l'aspiration du peuple. Ce mépris était également visible envers les opposants malheureux, les organisations internationales les ont accusés d'être des mauvais perdants. En fait, du moment que le jour des élections obéit aux directives d'une instance donné, cela implique que le scrutin est automatiquement libre et transparent sans tenir compte des truquages possibles avant le jour du vote. Le cas de l'Angola a été dramatique, car l'opposition est tombé dans la lutte armée, et le nombre des victimes se montent environ à 10 000 morts pendant cette période. Et tout ca parce les observateurs ont décidés unilatéralement du résultat d'une élection donnée.

Conclusion





Cet article n'est qu'une ébauche personnelle inspirée de livres et de faits sur le sujet. Mais il suffit d'ouvrir un peu les yeux pour s'apercevoir que les politiciens se sont toujours moqués de nous. Ils ont pillés sans vergogne la nation, et ils se sont barrés ici et là. La solution passe par une prise de conscience au niveau du citoyen, ce dernier ne peut plus se cacher derrière la majorité silencieuse en arguant le fait que le pouvoir ne l'a jamais aidé. La volonté du peuple doit être satisfaite quel que soit le régime en place, et si ce dernier privilégie ses intêrets et commence à opprimer les citoyens, alors je le dis tout net, l'insurrection est le plus sacré des devoirs !!

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