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vendredi 8 janvier 2010

Art de vivre et corruption

On dit toujours que Madagascar est gangrené par la corruption, mais nous en sommes tous les acteurs. Il n'y a pas un secteur qui ne soit pas touché en passant du petit pourboire jusqu'au meurtrier. En fait, quelle que soit la situation, on s'attend toujours à payer. Tiens prenez le commerce... un client vous demande une surfacturation pour entuber son boss, c'est de la corruption du bon commerce ! Le contraire est également possible, où cet abruti négocie pendant des heures, mais qu'on doit garder le même prix sur la facture.



Les organisations et les entreprises en sont les championnes, les responsables des achats sont parfois plus riches que les patrons !! C'est vous dire ! Voilà comment cela se passe : l'organisation a besoin d'une chose, ex : des poupées muettes ou des stylos qui ne marchent pas. Il contacte le responsable d'achat qui contacte le commercial pour lister les fournisseurs. La dépense est parfaitement encadrée, ainsi on lui donne 1800 ariary pour 3 fournisseurs à visiter (600 ariary de taxi-be, aller et retour), 500 à 1000 ariary pour la bouffe de midi (il peut négocier jusqu'à 2000 ariary s'il veut manger du poulet contaminé par les miliards de microbes dans les gargottes).

Le commercial s'amène chez le fournisseur avec des mines de conspirateurs, et veut discuter directement avec le patron. Ce dernier sentant l'affaire lui propose les plus belles poupées muettes. Le commercial fait miroiter le contrat et se barre chez un autre fournisseur... Là encore même manège, ensuite pendant qu'il mange un caca pigeon et du jus naturel (200 ariary), il se demande chez quel fournisseur il va obtenir la plus grosse remise. Il vérifie les tarifs comme le tireur de pousse pousse calculant le PMU, et un grand sourire s'affiche sur sa tronche.

Il retourne chez le fournisseur, cette fois avec des airs nonchalants, et dit qu'il est prêt à conclure si la remise est intéressante. Le fournisseur prend des airs scandalisés et sort ses propres factures pour pleurer :" Efa masoan'ny karena io !!". Enfin après des heures de duels, on se met d'accord, le prix réel est -20%, mais celui sur la facture est +40% !

Sur le chemin de retour, le commercial prend un petit "consom" (300 ariary) pour affronter ce salopard des responsables d'achat. Il lui explique qu'il a trouvé le meilleur fournisseur... voyant le prix, le responsable manque de s'évanouir, et dit si ces poupées sont or massif ! Le commercial scande qu'il a passé toute la journé à faire le tour de la ville, et c'est comme ca qu'on le remercie. Après des palabres et autres procédures indispensables à la corruption, le responsable d'achat accepte en échange d'une petite commission...

Selon les cas, le paiement se fait directement chez le fournisseur, ou dans l'enteprise avec l'accord de la compta bien entendu. Mais ca tout le monde le pratique, mais je vous propose une variante beaaaaauccoup plus lucrative.



Vous êtes le responsable d'achat, et vous voulez un HTC Hero, et évidemment vous n'avez pas de blé. Pianotant d'un air rêveur devant votre ordi 486 avec 32 de RAM, une ampoule s'allume dans votre tête. Vous allez chez le patron et lui dites qu'il n'y a plus aucun stylo qui marche, et qu'il faut renouveler le stock. Le patron frole la crise cardiaque, et téléphone directement au magasinier : " Quoi vous n'avez plus de stylo ? Mais vous les bouffez ou quoi ?" Ce patron débile n'a pas compris que vous êtes passés dire un mot au magasinier avant d'aller chez le patron...

Le patron croise ses mains comme Bouddha, et vous demande :" On peut pas tenir jusqu'à la fin de semaine avec les crayons qui ne marchent pas ?" Votre front se ride, vos joues s'affaissent, et vous dites : "Impossible, la boite est bloquée actuellement, on a absolument besoin de stylos !!"

Ensuite, c'est l'étape la plus délicate, vous téléphonez directement au fournisseur, et vous lui expliquez qu'on va faire des achats bidons de stylos qui ne marchent pas, et qu'il faut des factures conformes. Le fournisseur refuse catégoriquement jusqu'à ce que vous lui disiez son pourcentage. Un grand silence dans le combiné, et puis juste :" Envoyez votre commercial"...

Comme d'habitude, vous laissez faire ce pauvre abruti de commercial faire le sale boulot ! Après la conclusion, vous ne demandez aucune commission, et le commercial vous prend pour un dieu. Maintenant, vous avez plusieurs cartons de stylos qui ne marchent pas alors que vous savez pertinnement que l'ancien stock est encore intact. Prétextant une migraine épouvantable, ou que votre fils est tombé dans un bouche d'égout à Behoririka, vous prenez congé et filez chez le fournisseur avec les stylos bien entendu. (Les 404 bachés, c'est très utile pour ca). Vous rendez les stylos, et récupérez l'argent de votre propre entreprise sans oublier la commission du patron. Ensuite, vous attendez discrètement le magasinier providentielle, et vous lui donnez son enveloppe. Timing parfait, corruption parfaite, portefeuille rempli !! En rentrant à la maison, vous faites un détour par CITIC ou Supreme Center, et rêvez déjà aux options de ce HTC Hero !!



Ce pays est vraiment un paradis n'est-ce pas ??

mercredi 16 décembre 2009

Bois de rose, beaucoup plus qu'un simple trafic

Je vous invite à lire l'excellent article de Mongabay qui revient sur le trafic de bois de rose (En anglais) à travers une synthése des différents rapports. On peut voir que c'est vraiment un problème global, due notamment à l'incapacité de contrôle de cette région par le gouvernement.

Les principaux pointés du doigts sont les chinois qui possède un circuit organisé de collecte et de blanchissement. Le rapport de Global Witness accusait déjà les banques et d'autres organismes financiers d'alimenter une partie de ce trafic. De plus, selon l'article, une banque doit surveiller les flux d'argent pour éviter que les bénéfices ne repartent en masse vers l'étranger, et c'est son devoir d'en avertir les autorités. Oui, mais c'est pas en dénonçant qu'on va faire des bénéfices monstrueux hein ? Faudrait pas déconner quand même ! Un autre problème est l'enclavement de ces régions qui rend difficile toutes les enquêtes, et de savoir ce qui se passe.

Enfin, des personnes haut placés sont impliqués "profondément" que ce soit à l'époque de Ravalomanana ou du gouvernement actuel. La routine quoi !

lundi 26 octobre 2009

Madagascar : Savoir se blinder

Non, ce n'est pas pour se protéger des balles bien que ca reste toujours d'actualité, mais il faut blinder notre esprit contre les manipulations qui sont notre lot quotidien depuis quelques temps. Mais ils sont parfois si intenses qu'on a du mal à se protéger qu'on se pose parfois la question : " Et si nous avions tort ?". Imaginons un seul instant que Rajoelina ait eu raison, que les TGVistes cherchent vraiment le développement, que Ravalomanana ait été un dictateur de la pire espèce. Difficile d'imaginer cette situation hein ? Est-ce que nous pourrions revenir en arrière et dire : "OK, Désolé mais on a eu tort, est-ce qu'on ne risque pas de s'enfoncer dans la même spirale de propagande et de jusqu'au boutisme que les TGVistes d'aujourd'hui ? Non, me direz-vous, car on a eu le blindage nécessaire pour voir clair dans cette crise. Ah oui ? Ou c'est simplement parce que que nous ne supportons pas le fait qu'un minus comme Rajoelina ait pu prendre le pouvoir. Peut-être que C'est plus en profondeur, et que c'est parce que nous savons qu'on n'a rien fait pendant les moments importants que nous essayons de compenser par ce débordement d'activités pour instaurer une soi-disante démocratie.

Je pense qu'il est inefficace de diaboliser Rajoelina, car il court lui-même à sa perte, et même s'il réussit. L'histoire nous a appris qu'aucun dirigeant n'a pu rester au pouvoir s'il a eu des adversaires en face de lui. La descente dans la rue est le seul moyen qu'a trouvé l'opposition pour mobiliser le peuple. Ce dernier est motivé plus par l'appat du gain qu'autre chose et les pillages de la dernière crise le démontrent parfaitement. Tout le monde veut se remplir les poches, et il est prêt à tout, même tuer ses compatriotes pour le faire. Je mentirais si je disait que je suis le bon samaritain de service qui aurait pu avoir la présence d'esprit de ne pas tomber cette spirale. La vérité cruelle et banale est que je me serais rempli les poches et même les chaussettes si j'en avais eu l'occasion. On ne peut pas lutter contre la nature humaine qui nous pousse vers l'égoisme extrême. Récemment, j'ai recu un mail me proposant une offre d'éditeur pour un site malgache (ils ont du lire que j'étais rédacteur Web. Le salaire n'était pas intéressant, il était phénoménal !! il avoisinait plus d'un millions d'ariary, plus quelques "avantages" qu'ils n'ont pas précisés. Evidemment, le mail était impossible à identifier, et il n'ont même pas donné le nom du blog, mais on peut avoir une idée de qui sont derrière. La directive d'édition était simple :" Vous aurez la charge de faire des articles portant sur le développement à Madagascar, et de sa marche vers une croissance sure et stable". On a également ajouté que je serais libre de mes propos tant que cela ne portait pas atteinte aux organismes qui sont en charge de cette croissance. En clair, on me demandait de mentir sur la situation économique à Madagascar en disant que c'était le paradis sur terre. Le plus intéressant est qu'on me demandait d'écrire sur ce site, et de répercuter les articles sur le blog que vous lisez actuellement. Ainsi, on a le beurre et la crémière !

Je pourrais dire que j'ai refusé cette offre en prenant un air scandalisé, mais j'y ai réfléchi pendant quelques jours. Car le salaire aurait considérablement amélioré mon quotidien, et le cas échéant, j'aurais pu faire des projections vers l'avenir avec la fondation d'une famille et tout le reste. Je me suis dit qu'on se démène pour faire connaitre les injustices à Madagascar, et que personne ne nous écoute, et que puisque tout le monde pense à soi-même, pourquoi je ne ferais pas de même ? Mais ensuite j'ai pensé que j'allais trahir ma propre pensée en faisant une telle chose, et que tous les articles que j'ai écrit pour lutter contre les injustices n'auraient servis à rien. Aussi, j'ai poliment refusé, et croyez-moi, j'ai eu des regrets en cliquant sur le bouton Envoyer de mon mail.

Tout ca pour dire qu'on peut enfiler la cape du dénonceur, mais que la réalité nous rattrape à chaque fois, et qu'elle vous enterre à tout jamais au moindre faux pas. L'objectivité de l'esprit est essentielle pour s'engager dans une cause, et il faut se blinder en conséquence. La peur de la précarité et de l'avenir ont étés mes principaux motifs avant de refuser l'offre. Cette histoire m'a également permis de réfléchir sur le non-comportement de la majorité malgaches pendant cette crise. Nous avons été tellement choqués par l'intensité des violences que nous sommes restés tétanisés tel un lapin devant un serpent à sonnette. Cela a permis à de nombreuses personnes de profiter sans vergogne et de s'enrichir éhontément !! Ce sentiment de peur de l'inconnu est présent dans notre quotidien, et même dans notre propre famille, il suffit qu'un seul maillon déraille et tout notre monde s'écroule, et on se met à penser à des choses auxquels un être sensé ne devrait jamais penser...(ne vous inquiétez pas, je me comprend).

On parle souvent du lundi noir du 26 janvier, mais on omet parfois le dernier jour qui a vu le pillage de Jumbo et de France Pub dans la commune de Tanjombato. Pour tout vous dire, j'ai quasiment assisté à l'évènement en direct, le pillage de France Pub a commencé vers 18 heures et les forces de l'ordre sont venus...6 heures plus tard alors qu'ils n'étaient qu'à quelques kilomètres. Le lendemain, je suis sorti vers 9 heures, et j'ai vu des centaines de personnes du coté d'Ankadimbahoaka qui attendaient de piller Jumbo vers 11 heures. Il est clair que tout a été planifié, mais par qui ? Par les TGvistes, j'en doute fort, mais des rumeurs ont courus que c'était une lutte entre des opérateurs économiques issus des minorités, je parle souvent de ces dernières, et un ami m'a même dit que c'était de l'auto-flagellation, mais le fait est que cette minorité fait vivre la majorité, aussi leurs actes doivent être dénoncés si c'est nécessaire. Ce que je veut dire en radotant sur ces tristes évènements est qu'auparavant, la concurrence était restée loyale, mais certains ont dépassé les limites dans cette crise. Ils se sont apercus qu'ils pouvaient enfeindre les lois les plus fondamentales de la sécurité, et qui peut garantir s'il n'iront pas encore plus loin lors de la prochaine crise ? Et il ne faut pas se leurrer, car il y en aura toujours à cause du manque de maturité politique. C'est pourquoi, il faut se blinder sans cesse pour éviter de tomber dans la propagande et la manipulation. Mais comment faire ? je n'ai pas de réponse à cette question, mais une bonne piste est de se remettre sans cesse en question et de se dire : " Et si j'avais tort ?". Cela permet d'avancer et d'y voir clair dans les injustices qui nous dévorent et qui sont présents dans tous les pays.

mardi 20 octobre 2009

Madagascar : Une petite histoire de la corruption

corruption_kadoillicite

J'ai déjà écrit sur ce sujet, mais on peut le varier à l'infini par sa complexité. Tous les gouvernements depuis l'indépendance ont promis d'éradiquer la corruption et personne n'y est arrivé. Il parait que la corruption engendre la pauvreté, mais ne serait-ce pas le contraire ? C'est parce que les fonctionnaires sont mal payés qu'il se font corrompre. L'initiative du Bianco a été l'une des meilleurs en théorie, mais dans la pratique, il s'est attaqué uniquement aux petits poissons et ont déjeunés tranquillement avec les requins. On a toujours critiqué les étrangers d'être à l'origine de la corruption, c'est en partie vrai, mais une politique drastique permet de la résoudre efficacement.

De nombreux pays ont souffert de la corruption, même les U.S.A, il a fallu des hommes déterminés prêt à sacrifier leur famille et leur travail pour en venir à bout. Un autre problème typiquement malgache est le " cadeau ", la tradition estime qu'il faut toujours donner un petit quelque chose quand il vous a rendu un service. Je pense que c'est ce concept qui est à la base du problème, et c'est valable dans les deux sens. C'est tellement ancré qu'on se sent même coupable même quand on a l'impression d'avoir payé ce qu'on doit.

J'ai parlé du foutoir qui régnait il y a quelques mois dans le ministre de l'Intérieur, notamment sur les demandes et renouvellements de passeport. Il y a quelques années, je travaillais pour une personne qui avait ses entrées (ne me demandez pas son nom, il est mort depuis) dans la plupart des ministères. Il s'occupait principalement de visas de séjour, et d'obtenir des nationalités malgaches. Des pakistanais qui étaient à Madagascar depuis quelques mois obtenaient leur petite carte officielle. Moi, j'étais le coursier dans la boutique de cette personne, et à me voir, vous ne diriez pas que je suis l'auteur de ce blog :), car je passe quasiment inapercu. Un jour, un pakistanais vient voir cette personne dans la matinée, et lui dit qu'il a besoin de renouveler son passeport dans la journée. Mon boss ouvre les yeux comme des soucoupes et dit que c'est impossible. Alors ce gars met une jolie liasse d'euros sur la table, et même si j'étais éloigné, j'ai pu voir son épaisseur. Ensuite, faisant mine de refuser, il finit par dire qu'il essaiera. A peine le mec parti, il m'appelle, et me demande de rédiger une demande officielle. Faut savoir que ce mec était bien équipé, il avait un livre complet sur des modèles de lettres officielles pour des demandes, des réclamation, etc.

Moi, en tant que pigiste attitré, je commence à écrire et à suivre ses recommandations. J'ouvrais également grand mes oreilles, car toutes ses directives étaient précises à mort. Par exemple, est-ce que vous saviez que certaines demandes officielles doivent avoir un marge particulière pour que le ministre ( Eh !! oui) puisse faire les annotations nécessaires. Donc, après avoir fini la lettre, il me demande de l'accompagner, et il me dit texto :


Comme ça, tu sauras comment faire lorsque je serais mort (il ne croyais pas si bien dire) !!

Donc, il va à la "patte d'éléphant" (c'est comme ça qu'on appelle le ministère de l'Intérieur), il attend au parking, et il appelle quelqu'un. Ce dernier arrive quelques minutes, et après quelques murmures et de gestes savamment orchestrés, il prend le dossier du passeport et s'en va. Sur le chemin du retour, je lui demande d'un ton léger combien cela va couter, il fait mine de ne rien entendre, et demande à un des employés d'aller au marché. Tout ça c'était le matin, l'après-midi, à peine arrivé au travail, il me tend un panier, et m'envoie au ledit ministère et me dit de bipper tel numéro. Je le fais, et la personne du matin arrive, me tend le dossier, et je vous le donne émile, le passeport était terminé !! Il devait être 15 heure. Garder à l'esprit qu'on a déposé le dossier à 10h30, et qu'il a suffit de quelques heures pour le faire. Vous vous demandez sans doute ce qu'il y avait dans le panier ? C'était 5 Kg de poissons de mer, oui oui, de gros poissons. Ensuite, le mec me dit :


La corruption est un art, tu dois équilibrer le respect et la somme nécessaire, j'aurais vexé le fonctionnaire en lui donnant simplement de l'argent dans une enveloppe, car cela l'aurait rabaissé. Alors qu'en lui donnant du poisson, tu lui indique que tu penses à sa famille, et qu'il mérite ce qu'on trouve rarement dans la capitale.

Plus tordu que ça, tu meurs !! Cette histoire banale à Madagascar illustre le fait qu'il faut étudier la corruption en profondeur avant de sortir des remèdes miracles de marabout. Il est évident que l'argent est plus rapide, et que je vous parle de pratiques d'il y a environ 3 ans, mais c'est vous dire à quel point le sujet est sensible. Evidemment, les corrupteurs sont plus coupables que les corrompus, car ces derniers ne sont que des victimes d'un système qui les empêchent d'accéder au mirage d'une vie meilleure. Aussi, on se contente de ce qu'on trouve n'est-ce pas ?

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